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Culture

  • Les "métiers qui comptent"

    David_Graeber_2015-03-07_(16741093492)_(cropped).jpgLe décès survenu hier de l’anthropologue David Graeber, notamment connu pour son essai à succès sur "ces métiers qui n'apportent rien" me fait réfléchir à ma propre vie… Je suis reconnaissante à la vie, aux opportunités, au hasard peut-être d'avoir mis sur mon chemin des métiers qui comptent; dans le domaine de l'éducation à l'environnement tout d'abord avec les associations Agir21 et TerraWatt (devenues Terragir en fusionnant, encore active aujourd'hui), puis avec CinéTransat et les pianos en libre service, qui apportent du lien social et des petits moments de bonheur depuis près de 12 ans.

    Cette année 2020 a bouleversé tout cela, avec l'annulation de tous nos projets. L'avenir est maintenant incertain, le mien comme celui des associations que je co-dirige. Que se passera-t-il en 2021 ? Nul ne le sait. Comment continuer à pratiquer un "métier qui apporte quelque chose" tout en étant capable de payer son loyer et ses factures ? Je n'ai pas encore de réponse, personne n'en a. Dans les domaines de la culture, du monde de la nuit et de l'organisation d'événements, nous sommes suspendus, sur le fil.

    Nous ne savons pas si les financeurs publics ou privés accepteront de prendre le risque de nous soutenir, alors que les normes sanitaires peuvent changer à tout moment. Nous avançons à l'aveuglette, en tentant d'y croire, en se motivant, en cherchant des solutions. Les solutions ? Faire entrer des carrés dans des ronds. Organiser des événements où les gens se rencontrent, communiquent, partagent et créent des liens... mais sans s'approcher, sans se toucher, et en se souriant derrière des masques.

    Nous devons nous réinventer, ou renoncer. Nous avons renoncé en 2020, sonnés, incapables d'envisager de nouvelles solutions à si court terme. Pourtant les solutions existent, elles doivent simplement être acceptées en mettant derrière soi l'ancien monde, en faisant le deuil d'une certaine conception du partage et de la rencontre. Tentons de rester, pour 2021, des "métiers qui comptent".

  • Le point-virgule

    sign.pngAyant été emportée par "La fausse suivante" de Marivaux hier soir au Théâtre de Carouge (courez-y jusqu'au 29 mars), j'ai eu soudain envie de vous parler du point-virgule, un signe de ponctuation omniprésent chez ce dramaturge.

    Il n'a pas la timidité et la discrétion de la virgule, ni le côté péremptoire et définitif du point ; mais une élégance et un charme totalement absents de son prévisible et trop explicite cousin le deux-points.

    Le point-virgule vous incite à respirer, à reprendre votre souffle, à assimiler le sens de ce qui le précède, avant de vous laisser découvrir ce qui lui succède.

    Le point-virgule est un pont, un lien discret entre deux idées, qui pourraient vivre l'une sans l'autre, mais qui grâce à lui se complètent et s'enrichissent.

    Notre tendance actuelle à l'efficacité et la simplification ne réussit pas au point-virgule ; il est négligé, ignoré, renié. Pour compenser cette indifférence, je l'utilise à tout va dans mes écrits. Les puristes du langage diront que c'est souvent à mauvais escient, je préfère penser que je lui invente de nouveaux usages...

    Et si on mettait un peu plus de point-virgules non seulement dans nos écrits, mais aussi dans nos conversations ? Une petite inspiration, un léger sourire, un air rêveur fugace, avant de laisser les idées et les mots continuer leur course vers l'illustration du propos...

  • Un trésor abandonné

    20190906_155537.jpgJe suis très attachée aux structures intercommunales sportives et culturelles. Elles me fascinent car elles sont le témoin d'une volonté de dépasser nos différences et les obstacles administratifs, pour offrir ensemble une prestation de qualité à nos populations, grâce à la mise en commun des subventions et des compétences.
     
    Quand elles sont bien gérées et qu'une volonté de les faire perdurer existe, évidemment.
     
    Sur les Trois-Chêne (Thônex, Chêne-Bourg et Chêne-Bougeries), nous en avons deux. Je ne vous parlerai pas du Centre Sportif de Sous-Moulin, qui fonctionne à merveille et qui est un exemple parfait de cette collaboration intercommunale qui m'est chère. La seconde se nomme 3 Chêne Culture et est malheureusement aujourd'hui en état de mort clinique.
     
    Suite à des problèmes de gestion globale de l'association, Chêne-Bougeries a cessé de respecter l'accord entre les 3 communes concernant le montant des subventions allouées et ne versait plus qu'une partie de sa contribution. Pour tenter de faire revenir la sérénité dans ce dossier, j'ai proposé un amendement de dernière minute au budget 2020 de la commune, pour augmenter notre subvention et rééquilibrer les apports de chacun.
     
    Cet amendement a été accepté, les subventions prévues ont toutes été votées fin 2019 par les trois communes, et les nuages semblaient donc s'éloigner de 3 Chêne Culture. Nous allions enfin pouvoir avancer et les projets prévus pour 2020 allaient pouvoir commencer à se mettre en place.
     
    Depuis... rien. 3 Chêne Culture est aujourd'hui un navire à la dérive (et peut-être bientôt une épave). La dernière publication de l'association sur les réseaux sociaux remonte à décembre 2018, le site internet ne fonctionne plus et le comité ne se réunit plus. La droite au pouvoir est en train de laisser crever volontairement une institution culturelle unique sur le canton, au grand dam de la gauche et des Verts.
     
    Quand on sait la difficulté à créer et faire fonctionner ce genre d'institution, on ne peut qu'avoir un sentiment de gâchis et de tristesse face à ce trésor abandonné.

  • Culture infertile à Chêne-Bougeries

    On me reproche aujourd'hui dans le cadre de la campagne électorale de critiquer la politique culturelle menée depuis 5 ans par le PLR à Chêne-Bougeries, et de ne jamais participer aux manifestations culturelles de ma commune. Je confirme que d'une part je n'accepte pas les billets gratuits proposés aux conseillers municipaux, et que d'autre part je boycotte les évènements culturels organisés par la commune car ils ne correspondent pas à mon approche de la culture.

    Pour moi, la culture est un des moteurs de la mise en relation des habitantes et habitants et de la lutte contre l’isolement. La démocratisation et l'accessibilité de la culture assurent la cohésion sociale et le vivre ensemble. Vouloir utiliser la culture à ces fins est une question de choix politique.

    La politique culturelle actuelle de la commune de Chêne Bougeries manque cruellement d'audace et de cohérence. La commune doit mettre les moyens nécessaires à une véritable politique culturelle, ce qui nécessite de mettre en place un service culturel dynamique, avec des collaborateurs disponibles pour suivre et accompagner les projets, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. 

    Chêne-Bougeries n'a d'autre part aucune stratégie et programme ses événements en fonction des propositions qui arrivent à la mairie. Il en résulte un patchwork difficile à qualifier. Quand on est programmateur culturel, on reçoit des dossiers et mails de propositions de spectacles et d'artistes constamment, on a pas forcément à toutes les traiter. Ce qu'on fait de ce genre de demande dépend de la stratégie de programmation qu'on s'est fixée, avec les publics qu'on veut atteindre, les différentes formes d'art qu'on veut présenter, selon la couleur qu'on veut donner à sa saison culturelle.

    L'idéal étant de trouver le moyen de toucher tous les publics à tour de rôle, et exceptionnellement simultanément avec quelques événements culturels rassembleurs et gratuits. Actuellement, les adolescents et les jeunes adultes sont souvent oubliés. Nous avons effectivement une fois par année un petit festival appelé "Deschaînés", organisé par les travailleurs sociaux de Chêne-Bougeries, Cologny et Chêne-Bourg, mais qui s'adresse surtout aux pré-ados.

    Candidate au Conseil administratif et intéressée par le dicastère de la culture (qui est par ailleurs mon métier, puisque je suis organisatrice d'événements culturels depuis 20 ans), je m'engage à proposer aux habitantes et habitants une programmation culturelle plus variée et plus audacieuse. Nous en avons les moyens, reste à en avoir la volonté !

    Catherine Armand
    Conseillère municipale
    Candidate au Conseil administratif de Chêne-Bougeries
    www.alternatives-chenebougeries.ch


    Je précise que ce blog ne vise pas à remettre en question le travail du service culturel et des employés communaux, mais bien les choix de la Conseillère administrative en charge.

  • Réalités associatives

    A l’heure du vote des budgets communaux et cantonaux, dans lesquels les lignes de subventions aux associations sont toujours fragiles et parfois remises en question, il me semble utile de faire part de mon témoignage, pour tenter de contrer certains a-priori concernant ce milieu.
     
    Je travaille dans le milieu associatif depuis 18 ans, d’abord dans le domaine de l’environnement, puis de la culture. La première association que j’ai co-créée s’appelait TerraWatt - énergies pour un développement durable. Elle ne recevait qu’une subvention en nature pour le prêt de locaux, et nous nous sommes battus pendant 8 ans pour créer et maintenir plusieurs postes de travail fixes, et de nombreux postes temporaires. Notre fonctionnement était celui d’une petite PME, tout en étant d’utilité publique.
     
    En 2009, nous avons fusionné TerraWatt avec Agir21 (une autre association créée avec Dan Acher et quelques autres) pour donner naissance à Terragir - énergie solidaire, encore active aujourd’hui à Meyrin et créatrice d’emplois. J’ai ensuite rejoint deux autres associations actives dans le domaine de la culture, Tako et CinéTransat, créées par Dan Acher et dont j’ai repris la co-direction l’année dernière. Seule CinéTransat reçoit une subvention d’environ un tiers de son budget, Tako travaillant sur mandats. Ces deux associations sont également gérées comme des PME, avec tous les soucis et écueils que cela comporte, et génèrent chaque année des emplois.
     
    Cela fait donc 18 ans que je suis seule responsable de mon petit salaire, par la recherche de fonds, de mandats, de sponsors, d’annonceurs, de dons, etc. Ce n’est pas facile tous les jours, et comme tout indépendant ou patron de petite PME, la sécurité de l’emploi et la sécurité financière ne sont jamais assurés.
     
    Cette réalité est vécue par toutes les petites associations genevoises, qui se battent pour exister, créer et maintenir des emplois et des prestations. Elles répondent à des besoins de la population dans de nombreux domaines, que l’Etat et les communes n’ont ni les moyens ni les compétences de prendre en charge.
     
    On entend parfois que nous, monde associatif, vivons sous perfusion des subventions et nous y complaisons. Je n’en connais aucune, parmi celles avec qui je collabore, qui se paie grassement ou nage dans l’opulence. Nous nous en sortons en renonçant souvent à s'attribuer des salaires en relation avec nos compétences et notre expérience, ou grâce au soutien de bénévoles.