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élections

  • La politique pas à pas

    marche,randonnée,politique,électionsLors de ma dizaine de kilomètres de marche quotidienne, je traverse ma commune de part en part pour aller travailler aux Pâquis. Je l’arpente également longuement en dehors de mes trajets pendulaires. J’ai la chance de vivre à Chêne-Bougeries, une commune très arborée, qui va caresser l’Arve au sud et s’ouvre sur la campagne au nord. Je peux dire que j’en ai foulé chaque trottoir, chaque rue, chaque chemin de promenade. Je l’ai explorée méthodiquement, presque amoureusement, pour en découvrir la moindre infractuosité.

    Je connais ses belles qualités, mais aussi ses défauts et ses faiblesses. Un trou dans un trottoir, un panneau de direction en mauvais état, un abribus manquant, un banc abimé, un arbre souffrant… mais aussi une petite fleur dans le béton, un écureuil sur une branche, un nain de jardin original, une ancienne maison pleine de charme ; quand on est dans l’espace-temps de la marche, lent et intimiste, rien ne nous échappe, pour peu que tous nos sens soient dédiés à cet échange entre nos semelles et le monde.

    Et il y a les gens aussi. Deux marcheurs qui se croisent peuvent se regarder dans les yeux, se sourire, se dire bonjour, avec cette connivence sereine de ceux qui savent qu’il sont en train de prendre le temps de vivre. Cette connexion, je la mets en ce moment au service de ma campagne, je l’avoue, et la carte postale de présentation de ma candidature vient compléter le regard échangé.

    Pendant ces pérégrinations solitaires, je peaufine et mets à l’épreuve mon discours politique, mes formules choc, je prépare mes interventions télévisées ou je commence à écrire mentalement un billet pour mon blog. Mon esprit s’envole, mon coeur s’ouvre, mon corps prend ses aises et se déploie, et me propulse dans un état de contemplation active dans lequel avancer me permet paradoxalement de prendre du recul sur ma vie, mes sentiments, mes projets, mon engagement politique.

    Et si vous alliez au local de vote en marchant le 15 mars?

    Catherine Armand
    Conseillère municipale
    Candidate au Conseil administratif de Chêne-Bougeries
    www.alternatives-chenebougeries.ch

  • La passion de la Commune

    mairie.jpgEn 2015, nous étions 1723 à briguer les 924 sièges de conseillers municipaux et 222 pour les 137 sièges des exécutifs des 45 communes genevoises.

    Pour les nouveaux candidats -dont je faisais partie-, la fonction de Conseiller municipal (non il n'y aura pas de langage épicène dans ce texte, crucifiez-moi) était un terrain inconnu, mystérieux, dont je ne saisissais pas bien les contours.

    Le fonctionnement de ma commune, ses enjeux, ses dossiers, m'étaient tout aussi inconnus, faisant partie des (trop) nombreux citoyens pour qui le plus petit échelon administratif de notre pays ne semblait présenter que peu d'intérêt. Surtout dans une commune périphérique cossue et d'apparence tranquille, où l'on imagine mal qu'il puisse se passer quoi que ce soit de passionnant.

    Une fois partie prenante de cet échelon modeste, on ne peut qu'apprendre l'humilité. C'est l'école primaire de la politique, on y étudie les bases, en naviguant à vue entre le jargon, la loi sur l'administration des communes, et les relations parfois difficiles avec l'Etat.

    A peine les fesses calées dans son siège en cuir acquis de haute lutte à coup de stands dans le froid et de porte-à-porte, on comprend assez vite qu'à Genève, les communes n'ont que très peu de compétences et de marge de manoeuvre. La phrase qu'on entend le plus reste "c'est de toute façon l'Etat qui décide au final", tout particulièrement dans les domaine de l'aménagement du territoire ou de la mobilité, qui sont ceux qui présentent les plus gros enjeux.

    Les frustrations sont ainsi nombreuses, et les rêves partagés sur les flyers de campagne sous le très ambitieux nom de "programme" font souvent place au mieux à de maigres contributions au bien commun, au pire à l'échec quand on fait partie d'une minorité qui propose, et que c'est un parti majoritaire aux valeurs opposées qui dispose.

    Malgré ces constats peu engageants à première vue, j'y retourne, j'en redemande ! Car il y aussi des moments passionnants dans cette fonction parfois ingrate : on y apprend à écouter les autres (enfin sauf en Ville de Genève bien sûr), à structurer et exprimer sa pensée, à s'accommoder d'opinions différentes des siennes, à argumenter, négocier, avec la joie de parfois convaincre ses adversaires et gagner leur respect.

    On a également la satisfaction intellectuelle de pouvoir avoir accès à des dossiers complexes et confidentiels, de pouvoir contempler les entrailles secrètes de la "machine" communale et y découvrir ses mécanismes.

    J'ai rencontré et découvert au sein du Conseil municipal de ma commune des personnes engagées et sincères, que j'apprécie quelle que soit leur appartenance politique. Nous croisons souvent le fer (enfin disons que je brandis une brindille contre un glaive), mais parfois nos idées se rejoignent contre toute attente, et nous ressentons alors la satisfaction de servir au mieux notre commune.

    Alors oui, ce tout petit échelon est une aventure passionnante, et j'espère pouvoir continuer de la vivre jusqu'en 2025, au délibératif ou à l'exécutif de Chêne-Bougeries !

  • De l'indécence à l'utilité

    depenses-sociales-des-departements-l-inquietude-persiste-8905.jpgEn ouvrant la Tribune de Genève il y a quelques semaines, je me suis étranglée avec mon café en découvrant les montants des budgets de campagne annoncés par les différents partis en vue des élections de ce printemps au Grand Conseil et au Conseil d’Etat. « Selon les chiffres articulés par les neuf groupements ayant déjà annoncé des listes, les dépenses pour la campagne vont s’établir à 3,3 millions » (source Tribune de Genève du 9 janvier 2018).

    Le MCG, par exemple, annonce un budget de CHF 800’000.-, suivi par le PLR et GEM avec CHF 500’000.-. La gauche n’est pas en reste, avec CHF 350’000.- annoncés par le PS et CHF 200’000.- par Ensemble à Gauche. La plupart des budgets est en nette hausse par rapport à 2013.

    Ces chiffres sont indécents lorsqu’on sait que de plus en plus de Genevois peinent à s’en sortir au quotidien et à boucler leurs fins de mois. Les bénéficiaires de l’aide sociale ne cessent d’augmenter et les familles n’arrivent plus à économiser, quand elles peuvent payer toutes leurs factures !

    Comment peut-on faire des promesses d’améliorer le quotidien des Genevois tout en dépensant des sommes qui ne peuvent être que jugées indécentes par tous les citoyens qui luttent pour rester à flots, et cela simplement pour des affiches, des tous ménages, ou des habillages de tram ?

    Concernant La Liste pour Genève par exemple, nous avons reçu un devis de CHF 5’000.- d’une entreprise d’affichage de la place, pour la pose de 38 affiches pendant une semaine. Une goutte d'eau dans un océan d'affiches électorales ! 

    Après réflexion, nos membres ont estimé que cette somme ((qui représente un sixième du total de notre budget de campagne de CHF 30’000.-) pourrait être investie dans un geste plus concret et moins vain. Nous avons ainsi décidé de faire don de ces CHF 5’000.- à des associations locales dont l’action est en accord avec notre programme et les convictions de ses candidates et candidats.

    D’autre part, La Liste pour Genève encourage tous les partis engagés dans cette campagne à faire également don d’un sixième de leur budget de campagne pour faire avancer concrètement, avant même l’issue du scrutin, les causes sociales, environnementales ou culturelles cantonales qui leur sont chères et qui sont en accord avec leurs promesses de campagne.

    Si chaque parti accepte de renoncer à une campagne d’affichage (ou à un tous ménages ou à une autre action de communication onéreuse et peut-être peu utile au final), alors ce sont plus de CHF 550’000.- que pourraient se partager des associations dont l’action est essentielle pour les habitants de notre canton. Ce serait une première, jamais une telle action n’ayant été réalisée en Suisse dans le cadre d’une campagne électorale.

    Donner une vraie utilité immédiate à cette campagne, oeuvrer pour le bien commun au lieu de ne faire que brasser de l’air de façon coûteuse, ne serait-ce pas là un message fort à envoyer à la population, à l’aube de cette nouvelle législature ?

      

    Catherine Armand

    Candidate au Grand Conseil sur La Liste pour Genève
    Conseillère municipale à Chêne-Bougeries

     

  • Au bistrot…

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    - T'as voté, toi?

    - Pour qu'on envoie pas l'armée aux chiottes? Ah ça oui!

    - Non, je te parle de ce week-end, pour élire les Guignols qui nous gouvernent!

    - Ah ouais, je me disais, il y a de plus en plus de mendiants qui tendent des prospectus… Mais au moins ils sourient. 

    - Bah ils se forcent pour que tu votes pour eux…

    - Mais j'ai pas bien compris, on choisit quoi? Les Maires? J'ai vu la tête de Salerno sur une affiche, mais elle ne l'est pas déjà, maire? 

    - C'est pour l'Etat, pas pour la Ville. Tu ne lis pas le journal ou quoi? 

    - Ben si, Le Matin, quand j'en trouve un sur une table. 

    - C'est ce que je dis, tu ne lis pas le journal. Dimanche c'est pour les deux Conseils, là… Zut, je ne sais plus comment ils s'appellent. 

    - Ah là où on s'envoie des verres d'eau à la figure? 

    - Oui, celui-là, et l'autre, où il y a la Künzler qui fout le bordel avec les TPG. 

    - Ah ben je vais voter, ils sont marrants, tous. 

    - Ouais, on a bien rigolé ces dernières années, hein? 

    - Mais à part ceux qui nous font rire, je ne connais personne, je choisis comment?

    - Prend ceux qui ont une bonne tête sur les affiches! 

    - Mais attend, tu crois que j'arrive à retenir les noms juste en voyant leurs tronches dans la rue? T'es marrant toi. 

    - T'as raison, en plus j'ai regardé sur les bulletins, il n'y a pas de photos. 

    - Bon, laissons-les se démerder entre eux, va. Tu reprends un ballon? 

  • Dérapages de campagne virtuelle

    Facebook.jpgUne bonne campagne électorale, c'est aller sur le terrain à la rencontre des citoyens, certes. Et les stands dans les rues basses ou sur les marchés sont aujourd'hui complétés par des tentatives de "speed dating électoral" de candidates dans un resto bobo ou de "beer to beer" des Pirates dans un café de Meyrin (sans aucun succès pour ces dernier d'ailleurs). Tant mieux, l'effort est louable. 

    Mais la dernière mésaventure d'Antonio Hodgers, candidat vert au Conseil d'Etat, prouve que le terrain électoral se situe dorénavant ailleurs. Une petite phrase d'apparence anodine qu'il aurait lâchée sur Facebook au sujet de la mort d'Adeline Morel devient une arme dans la main de ses détracteurs pour affaiblir son image et sa campagne. Relayée sous forme de capture d'écran brandie comme preuve irréfutable qu'il aurait bien dit ce qu'il a dit, elle peut saccager en un instant des semaines d'arpentage de pavés dans les rues Basses. Le site http://www.lesobservateurs.ch s'en donne d'ailleurs à coeur joie pour décortiquer les différents échanges publics virtuels entre Antonio Hodgers et Christian Lüscher, le premier à se jeter sur le soi-disant "faux-pas" du vert. 

    C'est ainsi, depuis quelques années, les campagnes électorales se mènent aussi, et de plus en plus, sur les réseaux sociaux. C'est là que les électeurs connectés apprennent à connaître les candidats: comment ils réagissent à l'actualité, mais aussi où ils vont, qui ils voient, ce qu'il mangent, où ils sont partis en vacances, qui sont leurs amis et leur famille, et j'en passe. Il n'est donc pas étonnant que les rencontres publiques agendées autour d'une table ou d'un bière soient boudées. Nous n'avons pas besoin de rencontrer nos futurs élus, puisque nous les suivons et interagissons au quotidien avec eux sur Facebook.

    La presse elle-même s'abreuve de leurs statuts et commentaires, et en agrémente ses articles politiques. La rubrique "Lu sur la toile" de la Tribune de Genève en est un bon exemple. Tout ce que les candidats lâchent sur Facebook (avec plus ou moins de réflexion préalable) est considéré comme public et peut donc être retranscrit hors contexte pour les lecteurs du journal, même les pires bêtises. Et des bêtises, dieu sait s'ils en disent, nos candidats au Grand Conseil et au Conseil d'Etat. Comme nous tous sur ces traitres de réseaux sociaux, mais la différence c'est qu'eux sont en campagne. Chaque mot écrit publiquement devrait l'être avec le plus grand soin, en accord avec l'image qu'ils souhaitent transmettre ou le programme concocté par leur parti. Force est de constater que ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup de candidats, même parmi les plus aguerris, se lâchent sans retenue, réagissent à chaud, s'écharpent, s'accusent de tous les maux, ou entrent dans des débats sans fin et incontrôlables avec leurs électeurs comme leurs adversaires. On peut arguer que cette nouvelle réalité permet aux politiques d'être plus proches des préoccupations des électeurs, que cette possibilité de dialogue direct et non filtré est sain et stimulant. Sans doute, si l'exercice est maîtrisé. 

    Mais dès lors, comment les propositions de rencontre "in real life" pourraient-elles attiser (et encore moins combler) notre curiosité, quand nous avons déjà l'impression, via les réseaux sociaux, de fréquenter de près de vieux potes dont nous savons tout, des colères aux états d'âme?